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300 000 logements vides, des loyers qui ont doublé en vingt ans :Grégoire peut-il vraiment changer la donne ?

  • Justin Lainé
  • 25 mars
  • 3 min de lecture

Le nouveau maire de Paris a fait du logement sa priorité numéro un. Promesse en l'air ou vraie rupture ? On a épluché les chiffres et les engagements pour voir ce qui tient la route.


Bienvenue à Paris, la ville où un appartement sur cinq est vide pendant que des millions de Français se retrouvent en situation de mal-logement. Pendant qu'un locataire du 11e rêve d'un deux-pièces à moins de 30 % de son salaire, 262 000 logements parisiens restent inoccupés ; entre résidences secondaires et appartements vacants depuis des années. C'est plus que le nombre de foyers de toute la ville de Bordeaux.


Ce dimanche 22 mars, les Parisiennes et Parisiens ont élu Emmanuel Grégoire à la mairie avec 50,52 % des voix, après une campagne où le logement s'est imposé comme le sujet central. L'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo arrive aux commandes avec une promesse claire : changer radicalement la façon dont Paris gère son parc immobilier. Mais peut-il vraiment le faire ? Et avec quels outils concrets ?



Ce que l'encadrement a (vraiment) fait depuis 2019

Ce serait de mauvaise foi de dire qu'Anne Hidalgo n'a rien fait. L'encadrement des loyers, en vigueur depuis 2019, a eu un effet mesurable : selon une étude conjointe APUR/CESAER/LéP publiée en juin 2025, le dispositif a modéré la hausse des loyers d'environ 5 % entre juillet 2019 et juin 2024, représentant une économie moyenne de 64 euros par mois pour les locataires concernés. Pas rien. Mais clairement pas assez.


Car le problème, c'est l'application. Environ 40 % des annonces dépassent encore le loyer de référence majoré, et le non-respect est encore plus marqué pour les meublés. La ville avait pourtant obtenu en 2023 la délégation du pouvoir de contrôle : résultat, plus de 3 350 signalements ont été déposés par des locataires au 31 mars 2025, contre seulement 210 durant la période précédente, et près de 410 situations ont été résolues. C'est mieux. Mais sur 262 000 logements problématiques, on reste loin du compte.


À noter : attention au chiffre de “300 000 logements vides” souvent avancé en campagne. L'INSEE distingue 128 000 logements réellement vacants et 134 000 résidences secondaires : deux catégories très différentes sur le plan juridique. La réquisition, par exemple, ne s'applique pas aux résidences secondaires.


Les promesses du nouveau maire : du concret ou du vent ?

Grégoire arrive avec un programme logement ambitieux. Il s'engage sur 60 000 nouveaux logements publics sur la mandature, la création d'une “brigade de protection du logement” chargée de traquer les meublés touristiques illégaux et de faire appliquer l'encadrement, et le retour sur le marché de 100 000 logements via une taxation renforcée des résidences secondaires. Il promet également de réquisitionner les logements vacants depuis plus de cinq ans.


Sur le papier, c'est solide. Dans la pratique, deux points méritent vigilance. D'abord, Grégoire est l'héritier direct d'un bilan : sous les deux décennies de gestion socialiste de Paris, les loyers ont presque doublé, passant de 15,1 à 27,2 euros par mètre carré. Difficile de présenter ça comme une ligne éditoriale réussie. Ensuite, la réquisition des logements vacants nécessite une délégation législative de l'État que la mairie ne détient pas encore. Ce point reste à clarifier juridiquement.


Ce qui bouge déjà sur le terrain

La bonne nouvelle, c'est qu'entre les promesses électorales et le terrain, des acteurs concrets avancent. L'association Droit au Logement (DAL) accompagne depuis des années les locataires parisiens dans leurs démarches. La Fondation pour le logement des défavorisés documente les cas de violation de l'encadrement. Et le dispositif de signalement de la Ville, rodé depuis 2023, montre qu'une partie de la machine fonctionne dès lors qu'on lui donne les moyens humains de tourner.


Le vrai test des 100 premiers jours ? Voir si la brigade de protection du logement est opérationnelle avant l'été, et si les premières réquisitions sont engagées avant la fin de l'année.

 
 
 

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